Notes sur les menstruations
Les menstruations, plus couramment appelées « les règles » depuis le XVIIIe siècle, sont encore en 2026 un sujet tabou. Pourtant tous les mois, plus de 2 milliards de personnes ont leurs menstruations, et la moitié de la population mondiale est concernée. Ces personnes font encore l’objet de discriminations.
Comme si ce sang devait être un fardeau. Une honte.
Or, comme le dit Serge Tisseron, psychanalyste, la honte « menace la certitude de rester un sujet de son groupe (...) parce qu’elle désoriente et marginalise, elle est l’arme privilégiée de la domination sur tous ceux qui sont en situation de fragilité. »
Les règles, c’est un fait biologique, qui fait souffrir pas du tout, un peu, beaucoup, à la folie. Ce sont des myriades de petits et grands combats quotidiens qui se mènent dans l’ombre. Avec soi même, son propre corps, ses valeurs, ses douleurs, le regard des autres, son porte monnaie, les questions de contraceptions et de procréations, sa sexualité, le corps médical, les idées reçues, l’ environnement...
Ce sang qui coule des sexes n’est que la partie visible des cycles menstruels et de leurs impacts dans nos vies. Les témoignages révèlent des parcours en dents de scies, en labyrinthe. Ces cycles de vie et de mort s’imposent et traversent nos corps mais ne sont pourtant toujours pas bien accompagnés par le collectif. Du sang qui sort des sexes, des utérus, en passant par les vagins jusqu’aux vulves, ça fait tâche pour le marketing qui vend des corps féminins aseptisés, minces, jeunes, hyper-sexualisés. On nous bombarde d’injonctions paradoxales _ Séduisez, reproduisez mais cachez ce sang que l’on ne saurait voir. Nous avons des sang-lutions. Sortez les euros pour vous en protéger, pour vous soigner._
Entre minimisation des problèmes liés aux règles ou mystification d’un fait ordinaire, les personnes menstruées naviguent souvent dans les contradictions et ont à faire des choix tout au long de leur expérience menstruelle. Et ça continue à la ménopause. Comme si on voulait nous régler à vie.
Interdiction de saigner, interdiction de vieillir, interdiction de s’échapper du rythme de la production. Pourtant la vie humaine vient de là. Ce sang c’est aussi le rappel de notre incarnation, de nos métamorphoses, de notre lien avec le vivant, de notre finitude. Est il nécessaire ? Peut être pas. Nous avons les moyens aujourd’hui de le stopper. Pour autant, il pourrait être pleinement accueilli, mais il est encore objet de mystère, de dégoût, de moquerie ou de dévalorisation :
« Qu’est ce qu’elle a ? Elle a ses règles ou quoi ?! » Avec ou sans règles le sexisme perdure, les femmes sont encore dites « chiantes, hystériques, lunatiques, instables ».
Réglées ou ménopausées, leurs places sont assignées. Un pas de côté et tu disparais ?
Qu’est ce que cela vient raconter de notre société ? Sur nos droits à être en mouvement ? En ondulation plutôt qu’en ligne droite ? Pourquoi le regard social stigmatise-t-il encore les corps dits « féminins » ? Comme questionne Elise Thiébaut, dit on d’un homme qui s’énerve : « qu’est ce qu’il a ? Il a un pic de testostérone ou quoi ?! » Les doubles standards encombrent nos esprits et nos rapports sociaux.
Les hormones ne nous définissent pas mais animent nos corps intimes et deviennent un chantier politique, écologique, amoureux, économique, social.
Sandrine Petit